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FSD Tesla en France : le ministre passe enfin aux essais
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FSD Tesla en France : le ministre passe enfin aux essais

LoKan Sardari
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Le 23 juillet 2026, j'écrivais que Philippe Tabarot ne répondait pas à la bonne question en refusant de soutenir le FSD Tesla. Le ministre invoquait la sécurité, mais sans publier son protocole, ses données ni les conditions précises qui auraient permis à Tesla d'obtenir un accord.

Six semaines plus tard, après une visioconférence avec Elon Musk, le même ministre annonce que Tesla met deux véhicules à la disposition de la France pour réaliser des essais sur route. Il serait tentant de résumer cette nouvelle étape par un simple "je vous l'avais bien dit". Alors faisons-le une fois : je vous l'avais bien dit.

En bref : le FSD Tesla en France n'est pas homologué. Deux voitures vont être confiées aux autorités afin de tester le système et les adaptations demandées. C'est précisément la méthode que la France aurait dû proposer dès le départ : mesurer, conditionner et corriger au lieu de se contenter d'un refus impossible à vérifier.

Le FSD Tesla en France n'est pas encore autorisé

Commençons par calmer immédiatement les emballements. Les copains de Mac4Ever titrent qu'Elon Musk a convaincu le ministre. C'est efficace, spectaculaire et probablement très bon pour les clics. Ce n'est pourtant pas exactement ce que disent les faits.

Dans son annonce officielle, Philippe Tabarot explique que les autorités françaises travaillent avec Tesla depuis plusieurs mois sur les adaptations techniques nécessaires. Il annonce ensuite la mise à disposition de deux véhicules et une "nouvelle étape", celle des essais sur route.

Il ne donne aucune date de lancement commercial. Il ne dit pas que les propriétaires français pourront activer le FSD. Il ne précise ni la durée des essais, ni leur périmètre, ni la version du logiciel et du matériel qui sera évaluée.

Le RDW néerlandais rappelle d'ailleurs que son homologation reste provisoire et que son extension à toute l'Union européenne dépend encore d'un vote des États membres.

Deux voitures d'essai ne font donc pas une homologation. Elles transforment simplement un refus politique en début de travail technique. C'est déjà beaucoup mieux.

Le ministre finit par adopter la méthode qu'il refusait

Dans mon précédent article consacré au blocage français du FSD Tesla, je ne demandais pas que l'État signe un chèque en blanc à Elon Musk. Je demandais un plafonnement logiciel si la vitesse contextuelle posait problème, un déploiement surveillé, des données publiques et des critères précis de suspension.

Autrement dit, je demandais des essais.

Philippe Tabarot annonce maintenant que la France va prendre en main deux véhicules pour vérifier le comportement du système sur nos routes. Très bien. Une institution sérieuse doit pouvoir changer de position lorsque de nouvelles données apparaissent ou lorsqu'un constructeur propose les modifications demandées.

Ce changement n'est pas une humiliation. Continuer à avoir tort uniquement pour ne pas donner l'impression de reculer aurait été autrement plus inquiétant.

La vraie question devient désormais très simple : qu'est-ce qui a changé depuis juillet ? Tesla a-t-elle modifié la gestion de la vitesse ? Le système de surveillance du conducteur évolue-t-il ? La France a-t-elle enfin défini les métriques qui lui manquaient ? Pour le moment, le ministre ne le dit pas.

Cette "nouvelle étape" arrive après 144 000 km en France

L'annonce devient encore plus intéressante lorsqu'on consulte le nouveau tableau de preuves publié par Tesla.

Le constructeur affirme que sa flotte d'ingénierie a déjà parcouru 89 444 miles en FSD supervisé sur les routes françaises, soit près de 144 000 km. Tesla comptabilise également environ 160 000 miles de conduite manuelle en France pour collecter les données servant à l'entraînement et à la validation.

Des Tesla équipées du FSD circulent donc déjà depuis longtemps sur nos routes dans le cadre du développement. Les deux voitures annoncées par Philippe Tabarot ne constituent vraisemblablement pas les premiers essais français du système.

La nouveauté la plus logique est ailleurs : les autorités françaises vont enfin disposer de véhicules pour réaliser leur propre évaluation, au lieu de dépendre uniquement des résultats fournis par Tesla ou du travail effectué aux Pays-Bas.

Si c'est bien le cas, c'est une excellente décision. Une contre-expertise française vaut infiniment mieux qu'une contre-opinion française.

Tesla pose huit études sur la table, pas une parole d'Évangile

Tesla publie désormais huit études destinées à soutenir ses cinq demandes de dérogation au règlement européen. Le dossier représente un changement majeur par rapport aux déclarations commerciales habituelles.

Le constructeur revendique environ 1,6 million de kilomètres de validation avec le FSD supervisé en Europe, sans collision majeure ou mineure attribuée aux performances du système. Il présente également plus de 230 000 scénarios contrôlés dans six villes européennes, dont Paris, avec aucun événement qualifié de critique pour la sécurité.

La question de la vigilance du conducteur fait elle aussi l'objet d'une analyse. Sur 28 307 changements de voie réalisés par des véhicules d'ingénierie européens, Tesla affirme que les conducteurs utilisant le FSD vérifient au moins autant leur environnement que lorsqu'ils conduisent manuellement.

Voilà enfin des chiffres, une méthodologie et des fichiers téléchargeables. Cela ne transforme pas Tesla en arbitre indépendant de sa propre sécurité, mais cela permet au moins de discuter à partir d'autre chose qu'un discours de patron ou d'une vidéo ministérielle.

Le tableau de bord reconnaît d'ailleurs ses propres limites. Les comparaisons à grande échelle ne contrôlent pas directement la densité du trafic, la météo, l'état de la route, l'heure de la journée ou la complexité exacte des situations. Les essais européens sont en outre réalisés par des conducteurs formés par Tesla.

Ces données sont sérieuses. Elles ne sont pas sacrées.

Le bon rôle de la France consiste précisément à les reproduire, les contester ou les compléter avec un protocole indépendant.

Le problème des 70 km/h ne disparaît pas avec un graphique

En juillet, Philippe Tabarot concentrait une partie de sa critique sur la vitesse contextuelle. Le FSD peut augmenter sa vitesse maximale lorsqu'il estime que la limitation détectée est incorrecte ou que la circulation environnante roule plus rapidement.

Tesla répond maintenant avec une étude portant sur 708 séquences européennes sélectionnées aléatoirement. Après exclusion des situations à faible vitesse, 680 cas sont analysés. Dans 98 % des cas, le FSD roule à une vitesse inférieure ou égale à la médiane du trafic environnant. Dans les douze cas où il dépasse légèrement cette médiane, il ne dépasse jamais le véhicule le plus rapide observé.

Ce résultat explique la logique du système. Il ne règle pas entièrement le problème juridique.

Suivre le trafic peut éviter de devenir un obstacle imprévisible au milieu d'un flux rapide. Cela ne transforme pas pour autant une limitation à 50 km/h en suggestion décorative. La vitesse des autres voitures n'est pas le Code de la route.

L'adaptation technique attendue pourrait donc consister à plafonner strictement le FSD à la limitation détectée en France. Si c'est ce que Tesla propose, le ministère doit le dire. Si une marge contextuelle reste autorisée, il doit également publier sa valeur et les situations concernées.

Une règle connue peut être testée. Une adaptation mystérieuse ne produit qu'un nouveau communiqué d'autorité.

Deux voitures peuvent enfin produire une contre-expertise française

Ces essais deviennent utiles si la France publie leur protocole avant de connaître le résultat. Nous devons savoir quelle version du FSD est évaluée, si les véhicules utilisent le HW4, quelles routes sont retenues, quelles conditions météorologiques sont couvertes et combien de kilomètres doivent être parcourus.

reunion tabarot transport musk

Images issues du tweet de Philippe Tabarot, présentant l'échange avec Elon Musk

Le rapport doit également compter les reprises en main, les violations du Code de la route, les alertes du système de surveillance, les freinages d'urgence, les collisions et les situations dans lesquelles le conducteur intervient uniquement par précaution.

Surtout, les critères de réussite doivent être définis à l'avance. Sans seuil public, le ministère pourra toujours déclarer les garanties insuffisantes, même si les résultats sont bons. Tesla pourra inversement sélectionner les métriques les plus favorables et annoncer que le système est quatre fois plus sûr.

Un essai dont chacun peut déplacer la ligne d'arrivée après le départ n'est pas une évaluation. C'est de la communication avec une voiture au milieu.

Le FSD reste par ailleurs un système supervisé de niveau 2. Il ne transforme pas une Tesla en robotaxi et le conducteur reste responsable de la route. Mon comparatif entre Waymo et Tesla explique justement pourquoi les résultats d'un système autonome de niveau 4 ne peuvent pas être transférés automatiquement au FSD supervisé.

Enfin des essais, maintenant des preuves

Je ne vais pas prétendre que le FSD arrive en France la semaine prochaine. Rien dans l'annonce de Philippe Tabarot ne permet de le dire. La décision reste européenne et les adaptations techniques ne sont pas détaillées.

Je ne vais pas non plus bouder cette avancée. En juillet, le ministre demandait à Tesla de prouver la sécurité de son système tout en refusant de publier les critères français. Aujourd'hui, il accepte que ses services mettent deux véhicules sur la route pour produire leur propre analyse.

C'est précisément ce qu'il fallait faire.

Si les essais révèlent un comportement dangereux, Tesla devra le corriger. S'ils montrent que le système réduit les risques tout en respectant les conditions françaises, le ministère devra soutenir son homologation. Dans les deux cas, la décision devra reposer sur des résultats accessibles, pas sur le prestige d'Elon Musk ou l'autorité d'un ministre.

L'immobilisme français vient donc de reculer d'exactement deux voitures. C'est peu, mais c'est déjà deux de plus qu'en juillet.

LoKan Sardari
Auteur de l'article

LoKan Sardari

Je crée des contenus depuis 2006 avec la même obsession : comprendre ce que la tech change vraiment quand elle sort des fiches produit et entre dans la vraie vie.

Apple, santé connectée, sport, voyage, maison, productivité : je teste les outils qui promettent de mieux vivre, de mieux bouger ou de mieux travailler, puis je garde ce qui résiste à l'usage réel.

Indépendant, curieux, souvent trop équipé, je partage ici mes tests, mes obsessions et mes retours d'expérience, sans langue de bois.

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